2025
« Je ne connaissais rien à l’univers de la mode », reconnaît Agnès Pezeu, céramiste et peintre. Une rencontre avec le couturier Jean Doucet, il y a un an et demi, l’a pourtant persuadée d’associer son art de la terre avec celui de la couture. Le résultat de cette collaboration a pris corps dans l’événement « Or de soie », qui s’est tenu le 5 mars dernier dans l’ambiance opulente du Buddha-Bar. Durant la performance initiale, une danseuse, gainée de noir, se mouvait sur le catwalk, tout en associant à sa gestuelle une chaîne de porcelaine blanche. Le matériau-céramique affirmait ainsi sa présence et sa fragilité, qu’exprimait à la fin la rupture de l’objet. Le défilé lui-même a vu se succéder des mannequins vêtues des robes en soie somptueuses de Jean Doucet. À chaque fois, s’y inséraient des éléments de porcelaine, parfois de grès. Moulés directement sur le corps des modèles, ces éléments soulignaient l’articulation de la hanche, recréaient une colonne vertébrale ou se hérissaient sur les épaules ou autour du cou, telles des excroissances osseuses. Sur la traine cliquetante de la mariée, s’agençait une carapace de langues. Si l’on y pouvait y percevoir feuillages ou coraux, il s’agissait avant tout d’exosquelettes, émaillés de blanc, noir ou bronze, ainsi le pectoral-carapace qui venait redoubler le buste d’un mannequin. La céramique sublimait ainsi un corps « hors de soi ». Loin d’être simple accessoire (même si l’on a pu se laisser surprendre par un sac en porcelaine blanche), elle a révélé sa pertinence dans un domaine où elle est encore peu sollicitée.
Anne Malherbe